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HUSTON RILEY
Le fameux soldat photographié par Robert Capa
lors du Débarquement du 6 juin 1944
par Eric Leser de Slate.fr (publié le 3/6/2014)


Voici un beau reportage, rare, et qui colle à l'actualité du moment. Nous fêtons actuellement
les 70 ans du Débarquement des alliés en France. Ces hommes courageux au prix de leurs vies,
se sont sacrifiés pour nous libérer. Certes ils n'avaient pas le choix, mais ils faisaient tout ce
qu'ils pouvaient pour survivre tout en respectant les missions qu'ils avaient à tenir. Eric Leser à fait
un beau reportage, je le pose en référence dans photogriffon.com. J'ai agrémenté ce beau récit de photos
provenant du web afin de le rendre plus imagé. Ce récit mérite d'être connu, et de rester à la vue de tous.
Huston Riley, au travers de ce récit poignant, ne célébrera pas le 70ème anniversaire du D-Day.
Il est mort en 2011, il avait 90 ans.



Here is a beautiful report, rare, and that sticks to the news of the moment. We are currently celebrating
the 70th anniversary of the Allied landing in France. These brave men at the cost of their lives, sacrificed
themselves to free us. Of course they had no choice, but they did everything that they could to survive
while respecting the missions they had to hold. Eric Leser made a beautiful report,
I pose it in reference in photogriffon.com. I embellished this beautiful story of photos from the web to
make it more colorful. This story deserves to be known, and to remain in the sight of all.
Huston Riley, through this poignant story, will not celebrate the 70th anniversary of D-Day.
He died in 2011, he was 90 years old.



huston riley allongé dans la mer sur la plage d'Omaha Beach - photo par Robert Capa
Huston Riley allongé dans la mer, sur la plage d'Omaha Beach. © Copyright Robert Capa




Il a fallu un demi-siècle pour parvenir à identifier le soldat flou pataugeant dans les vagues, les débris
et les obstacles de la plage d’Omaha Beach. Cette photographie de Robert Capa, publiée d’abord par
Time magazine, est devenue la plus emblématique du 6 juin 1944. Compte tenu d’une certaine ressemblance
physique, un premier soldat, Edward Regan avait cru se reconnaître. Mais des historiens ont fini par
déterminer que son unité n’avait pas débarqué à l’endroit de la plage où se trouvait Robert Capa et
appartenait à la deuxième vague, arrivée sur la cote vers 7h30. Le photographe accompagnait
la première vague et n’a pas pris de clichés après 7h.

En revanche, Huston Riley figurait bien dans la première vague dans la compagnie Fox. Il ressemble
à la personne photographiée et à la suite d’une erreur s’est retrouvé au même endroit que l’Easy compagnie
avec laquelle se trouvait Robert Capa. Il se souvient aussi avoir été aidé à sortir de l’eau par un photographe.
Il venait de recevoir… quatre balles dans l’épaule. Cela ne l’a pas empêché de vivre jusqu’à 90 ans.

J’ai eu la chance de le rencontrer il y a dix ans en 2004 —j'étais alors correspondant aux Etats-Unis
pour Le Monde chez lui sur l’île Mercer, en face de Seattle. Il avait une maison au bord de l’océan Pacifique,
construite au milieu des sapins par son père, architecte, en 1909. Sa forme physique était étonnante,
sa mémoire intacte et son récit poignant.

«Les vagues étaient vraiment fortes ce jour-là et seulement descendre du bateau par les échelles
de corde dans les barges de débarquement sans passer à l’eau ou se blesser était du sport. J’étais
l’instructeur de la compagnie pour la natation et le sauvetage en mer et donc j’aidais les autres.
On est monté dans les barges vers 4h du matin et on a attendu deux longues heures. Nous étions encore
dans la première vague comme en Afrique du nord et en Sicile. C’était devenu un sujet de plaisanterie entre
nous, ceux du 16e régiment de la première division d’infanterie. En fait, on était ballotté dans tous les sens.

On était presque tous malades, de trouille et du reste. On est finalement parti, on voyait les canons
des destroyers tirer directement sur la plage. Notre barge a heurté un banc de sable à 100m du rivage.
Ils ont ouvert la rampe et je me suis précipité dehors pour me retrouver submergé dans plus de trois
mètres d’eau. Il faisait presque jour. J’ai coulé et après une éternité, j’ai touché le fond. Je pouvais voir
au-dessus de moi les balles de mitrailleuses heurter la surface de la mer perdre de la vitesse et tomber.

J’ai gonflé mes bouées à la ceinture, je suis remonté à la surface et j’ai commencé à nager vers la plage.
Une cible parfaite. La barge avait dû recevoir un coup direct. Elle avait disparu et il y avait des débris
et des corps partout. J’ai nagé jusqu’à la côte en cherchant à être le moins visible possible.
C’était impossible.

J’ai été touché à plusieurs reprises, mais dans le sac à dos, les chaussures et cela ne me faisait pas mal.
Et puis presque arrivé sur la plage, j’ai reçu une rafale dans l’épaule droite. Quatre balles, deux sont passées
à travers et deux sont restés. Deux gars m’ont aidé à sortir de l’eau, un sergent de l’Easy compagnie et
un photographe avec un appareil autour du cou. Ce devait être Robert Capa. Il n’y en avait pas d’autre.

Je me souviens très bien m’être dit: “mais que diable ce dingue de photographe fait ici”.
J’avais du sang sur le dos. Un infirmier m’a un peu soigné et j’ai rejoint ce qui restait de ma compagnie.
Les trois quarts ne sont jamais arrivés. Avec d’autres survivants de la première vague d’autres compagnies,
on s’est réorganisé en un groupe de combat. Sous les ordres des officiers survivants, on a fini par avancer
et percer les défenses en milieu de journée.

On a fait pas mal de prisonniers. Il a fallu attendre 3 ou 4h de l’après-midi pour sortir de la plage
et avancer à l’intérieur des terres. Les Allemands nous tiraient dessus avec de l’artillerie et des mortiers,
mais nos chars sont enfin arrivés et cela a été plus facile. J’étais assez affaibli. Mais on ne m’a renvoyé
en Angleterre dans un hôpital que cinq jours plus tard.

Cela m’a donné la possibilité entre temps de goûter une fois au Calvados offert par un paysan normand.
C’était tellement fort, j’ai toussé pendant cinq minutes et le type n’arrêtait pas de rire.»



It took half a century to identify the fuzzy soldier wading through waves, debris and obstacles
from the beach of Omaha Beach. This photograph of Robert Capa, first published by Time magazine,
has become the most emblematic of June 6, 1944. Given a certain physical resemblance, a first soldier,
Edward Regan had believed to recognize. But historians eventually determined that his unit had not landed
at the beach where Robert Capa and belonged to the second wave, arrived on the coast around 7:30.
The photographer accompanied the first wave and did not take snapshots after 7am.

On the other hand, Huston Riley figured well in the first wave in the Fox company. He looks like
the person photographed and as a result of an error ended up in the same place as the Easy Company
with which it was Robert Capa. He also remembers being helped out of the water by a photographer.
He had just received ... four bullets in the shoulder. That did not stop him from living until he was 90 years old.

 

I had the chance to meet him ten years ago in 2004 - I was then correspondent in the United States
for Le Monde at his home on Mercer Island, across from Seattle. He had a house on the edge of the Pacific
Ocean, built in the middle fir trees by his father, architect, in 1909. His physical form was astonishing,
his memory intact and his poignant story.

"The waves were really strong that day and only get off the boat by the rope ladders in

Landing barges without getting into the water or getting hurt was sport. I was the company's instructor for
swimming and rescue at sea and so I helped others. We boarded the barges around 4am and we waited
two long hours. We were still in the first wave as in North Africa and Sicily. It became a subject
joking between us, those of the 16th Regiment of the First Infantry Division. In fact, we were tossed around.

We were almost all sick, scared and the rest. We finally left, we saw the guns of destroyers shoot
directly on the beach. Our barge hit a sandbar 100m from the shore. They opened the ramp and I
rushed out to find myself submerged in more than three meters of water. It was almost day. I sank and after
an eternity, I hit the bottom. I could see above me machine gun bullets hitting the surface of the sea
lose speed and fall.

I inflated my buoys on my belt, I went back to the surface and I started to swim towards the beach.
A perfect target. The barge must have been hit directly. She was gone and there was debris and bodies
everywhere. I swam up the coast trying to be as invisible as possible. It was impossible.

I was hit several times, but in the backpack, the shoes and it did not hurt. And then almost
arrived on the beach, I received a burst in the right shoulder. Four balls, two passed through and two
remained. Two guys helped me out of the water, an Easy Company sergeant and a photographer with a
camera around his neck. It must have been Robert Capa. There was no other.

I remember very well to say to myself: "but what the hell this crazy photographer does here".
I had blood on my back. A nurse a little neat and I joined what was left of my company. Three-quarters
never arrived. With others survivors of the first wave of other companies, we reorganized into a combat
group. Under the orders of surviving officers, we ended up advancing and breaking through the defenses
in the middle of the day.

We did a lot of prisoners. It was not until 3 or 4 o'clock in the afternoon to get out of the beach and go inside
lands. The Germans were shooting at us with artillery and mortars, but our tanks have finally arrived and
it was easier. I was pretty weak. But I was sent back to England in a hospital only five days later.

This gave me the opportunity in the meantime to taste once Calvados offered by a Norman peasant.
It was so strong, I coughed for five minutes and the guy kept laughing. "

 





Huston Riley à son domicile sur l'Ile de Mercer, WA © Copyright Chad Coleman
Huston Riley à son domicile sur l'Ile de Mercer, WA © Copyright Chad Coleman



Huston Riley n’a pas été très bien soigné. La dernière balle lui a été enlevée aux Etats-Unis par son
médecin de famille en 1946 !
«J’avais toujours une douleur. En 1946, je suis allé voir mon médecin et il a aperçu quelque chose
sous la peau. Il m’a donné la balle avec un sourire. Et pourtant, j’en avais fait des hôpitaux militaires.
Cela ne les a pas empêché de me renvoyer au front à la fin de l’année 1944 quand c’était la panique
au moment de l’offensive allemande dans les Ardennes. Les médecins faisaient le tour dans les salles
d’hôpitaux et désignaient les gars devant repartir, toi, toi, toi…
Après cela, on devient fataliste. On se dit "mon heure est arrivée" ou pas. Ce que je sais, c’est que
j’ai eu beaucoup, beaucoup de chance. Je me suis pris en tout cinq balles, une aussi dans la main
en Afrique du nord, et je suis rentré aux Etats-Unis sans séquelles. C’était une période très dure,
difficile à imaginer pour les générations plus jeunes.
On sortait à peine de la grande dépression. Mon père avait perdu son travail.
On ne savait pas de quoi serait fait le lendemain.»

Après avoir été démobilisé, il s’est marié et a eu deux enfants. Il est devenu représentant en articles
de pêche, de sport et de randonnées. Sa petite société a prospéré et employait huit personnes. Il a travaillé
jusqu’à 70 ans. En 2004, Huston Riley naviguait encore sur son voilier et pêchait souvent. Il est mort en 2011.
Les photographies du débarquement de Robert Capa sont très peu nombreuses. Elles ont presque toutes
été détruites. Il avait deux pellicules de 36 vues entièrement exposées avant de rembarquer d’Omaha beach
pour l’Angleterre dans une barge ramenant des blessés. Sur les 72 clichés, seuls onze n’ont pas été perdus.
Dans la précipitation, un laborantin a grillé ce jour-là les pellicules en voulant les faire sécher trop vite.



Huston Riley was not very well cared for. The last bullet was taken to him in the United States by his
family doctor in 1946!
"I still had pain. In 1946, I went to see my doctor and he saw something under the skin.
He gave me the ball with a smile. And yet, I had made military hospitals. That did not stop them from
sending me back to the front at the end of 1944 when it was panic at the time of the German offensive
in the Ardennes. The doctors were doing the turn in the hospital rooms and designated the guys to leave,
you, you, you ...
After that, we become fatalistic. We say "my time has arrived" or not. What I know is that I had a lot,
a lot of chance. I took a total of five balls, one in hand in North Africa, and I returned
in the United States without sequelae. It was a very hard time, hard to imagine for younger generations.
We had just left the Great Depression. My father had lost his job. We did not know what would be
done the next day." After being demobilized, he married and had two children. He became a representative
in fishing tackle, sportswear and hiking. His small company flourished and employed eight people.
He worked until he was 70 years old. In 2004,
Huston Riley was still sailing on his sailboat and was fishing often. He died in 2011.

The photographs of the landing of Robert Capa are very few. They have almost all been destroyed.
He had two films of 36 views fully exposed before re-embarking from Omaha beach for England in
a barge bringing back wounded. Of the 72 shots, only eleven were not lost. In a hurry, a laboratory
assistant that day burned dandruff, trying to dry it too quickly.

Eric Leser

Huston Riley, octobre 2007 © Copyright Chad Coleman
Huston Riley, octobre 2007 © Copyright Chad Coleman


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